Le téléphone, de la Préhistoire à nos jours

Hiéroglyphes, messagers, signaux de fumée, tam-tam, pigeons voyageurs ou morse, ce sont les innombrables moyens que l'Homme inventa au fil des siècles pour communiquer avec son prochain. Par exemple, c'est du haut de certaines tours moyenâgeuses érigées à des endroits stratégiques que l'on prévenait ses voisins proches de l'arrivée de l'ennemi. Ce bricolage relationnel prit un coup de vieux lorsqu'en 1876, un certain Alexander Graham Bell déposa un brevet pour un appareil appelé vibraphone.
Né en Ecosse d'une mère muette et d'un père qui mit au point un alphabet visuel destiné aux enfants sourds, le jeune Bell suit les traces paternelles et s'engage dans une carrière de thérapeute du langage. La famille émigre alors au Canada où Bell continue d'enseigner, donne des conférences et poursuit ses recherches aux Etats-Unis sur la physiologie vocale.

La voix et la façon de la faire voyager deviennent donc l'unique horizon des travaux de Bell qui, après des tâtonnements et de multiples essais infructueux, parvient à concrétiser ses intuitions en présentant un appareil capable d'émettre des vibrations sonores. La première communication locale eut lieu en 1875 lorsque Bell appela son assistant Thomas Watson, basé dans la pièce voisine. Electrisé par ce succès, Bell fait breveter sa trouvaille en juin 1876 à Boston, avant de créer la Bell Telephone Company un an plus tard.

Pour la petite histoire, et parce qu'il y a toujours des perdants dans ces épopées pionnières, un Italien du nom d'Antonio Meucci avait précédé Bell dans cette course effrénée à la technologie. En 1871, l'infortuné avait lui aussi déposé une invention similaire auprès des autorités compétentes mais faute de moyens financiers, il ne put renouveler sa demande de brevet qui expira quelques années plus tard. Néanmoins, en 2002, la Chambre des Représentants des Etats-Unis reconnut officiellement Meucci comme le véritable inventeur du téléphone, un acte qui ne semble pas écorner la légende de Bell.

Quoi qu'il en soit, c'est Rutherford B. Hayes, 19e président des Etats-Unis, qui fut le premier abonné de l'Histoire et depuis la Maison-Blanche, son premier appel fut pour Bell, installé à quelques kilomètres de là, à qui il demanda de parler lentement.

LES PREMIERS PAS DES NUMEROS COMPOSES

Historique telephone : les premiers pas des numeros composes En 1878, la demande explose et c'est pas moins d'une vingtaine d'abonnés qui sont suspendus au fil, entamant leur conversation avec un enthousiaste : « Hello ». Le terme fut adopté puis petit à petit, une sorte de déformation transforma cette injonction en « Allo », reprise et adoptée par de nombreux pays. Cependant, ce petit mot magique n'a pas fait le tour du monde et c'est ainsi qu'au Japon, par exemple, il est recommandé de dire « Moshi Moshi » pour se faire comprendre, « Pronto » en Italie, « Wei » en Chine ou « Bueno » au Mexique.

C'est également à cette époque que pour satisfaire à la demande, un central téléphonique fut installé dans le Connecticut, histoire de gérer au mieux le flux d'appels de cette vingtaine de privilégiés détenteurs de cette nouveauté perçue par la population comme inutile et ridicule.

Après ce coup de maître, Bell ne se reposa pas sur ses lauriers et il poursuivit sa brillante carrière d'inventeur et de thérapeute en peaufinant des appareillages propres à alléger le handicap des malentendants. Il rendit son dernier soupir en 1922 et ce jour-là, les Etats-Unis et le Canada suspendirent les lignes téléphoniques pendant une minute, un dernier hommage silencieux à cet homme qui fit tant pour que tout le monde s'entende.

ET APRES...DE PLUS EN PLUS D'ABONNES AU TELEPHONE

Cinquante ans après ces balbutiements, en 1927, le téléphone traverse l'Atlantique et rejoint la Grande-Bretagne par le biais de câbles sous-marins qui connectent le Nouveau Monde au Vieux Continent. En ce début de siècle, l'Europe n'est pas vraiment à la traîne, même si son réseau est moins fourni que celui de son vis-à-vis américain.
Le nombre d'abonnés en France commençant à poindre vers le haut, les services parisiens qui géraient alors les appels exigèrent des abonnés qu'ils énoncent à l'opératrice non plus le nom du correspondant mais son numéro, une requête qui ulcéra plus d'un usager persuadé que ce moyen de communication resterait réservé à une élite.
C'est lors de cette première moitié du 20e siècle que cette invention généra de nouveaux comportements, et c'est en 1904 que le mot « télécommunication » fit son apparition. Moins de 200 000 personnes étaient alors détentrices d'une ligne sur le territoire national et de nombreux aménagements bousculaient régulièrement les habitudes d'utilisateurs forcément privilégiés. Mais une certaine imagerie accompagna aussi l'évolution de cette technologie, et les « demoiselles du téléphone » ne furent pas les dernières à faire fantasmer les usagers efficacement aiguillés par ces voix à la fois lointaines et familières qui, pour avoir accès à ce travail, se devaient d'être célibataires et maîtriser un langage châtié. Cette particularité typiquement française date d'un temps où le réseau n'était pas encore automatisé, où les téléphones n'avaient pas de cadran, et le job de ces jeunes femmes était de mettre en contact appelants et appelés.

C'est en 1970 que le système fut entièrement automatisé et que les « demoiselles » disparurent en même temps que ce que l'on pourrait appeler l'enfance de cette industrie. Les choses allèrent très vite ensuite, y compris dans le design de cet objet qui en vit de toutes les couleurs, passant de la sombre et uniforme bakélite à une fantaisie somme toute toujours assez sage. Le clavier à touches remplaça le cadran dans lequel on plantait son crayon ou son doigt, et de nouveaux pictogrammes comme le dièse ou l'étoile finirent de troubler des utilisateurs réfractaires à l'évolution de cet outil devenu incontournable. Leur calvaire ne faisait que commencer, pour le plus grand bonheur de tous les autres.

PORTABLE, MOBILE OU CELLULAIRE

Historique telephone : et apres... de plus en plus d'abonnes au telephone Petite mise au point à l'usage de ceux qui s'esclaffent en pensant que jusqu'à il y a quelques années, nous vivions une ère paléolithique en matière de communication, mais la technologie du portable connut ses prémices dans les années 1940. En ces temps lointains, quelques têtes chercheuses avaient déjà saisi un certain nombre de principes de base régissant les réseaux de communication essentiellement réservés à certaines professions sensibles (armée, police...) et c'est surtout l'association de différentes technologies plutôt qu'une vraie découverte qui fut à l'origine de ce petit objet.

Certes, les portables de première génération (0G, génération 0), utilisés jusque dans les années 1970 de manière confidentielle, ne brillaient pas par un design raffiné, un volume discret et une utilisation optimum, mais il faut bien que les choses se fassent et quelques décennies plus tard, le terme de « mobile » ne fut plus usurpé. Au début des années 90, la deuxième génération (2G) prit le pouvoir et à coup de miniaturisation et de puce électronique, le téléphone de Bell et tous ses petits enfants purent vraiment être rangés au rayon des antiquités.

Les mobiles actuellement sur le marché sont appelés de troisième génération (3G), et le nombre de services que l'on peut exiger de ces petits bijoux semble sans limite jusqu'à ce que le prochain modèle ringardise très vite des appareils que l'on pourrait croire programmés pour l'obsolescence.
C'est peu dire que les portables ont profondément modifié les comportements, et même la gestuelle de tout à chacun est dictée par cet outil vital qui relie les uns aux autres. Internet, SMS, mails, musique, photos, télé, vidéos, tout est au creux de la main de consommateurs dont la traçabilité est systématiquement enregistrée au fond des boîtiers et qui développent cette nouvelle angoisse qui est de ne pas pouvoir être joints instantanément.

Pourtant, pour certains encore, se mettre quelques heures aux abonnés absents est donc devenu une sorte de petite transgression, un plaisir rare qui affole rapidement un entourage privé ou professionnel habitué à une présence constante, même si elle est virtuelle.

Mis à jour le 22/05/2013 à 11:16 | Publié le 29/10/2012